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INTERVIEW - 01/02/2010
Yves MANSION
L’environnement économique a été très difficile en 2009. Comment SFL et le marché de l’immobilier de bureaux ont-ils été impactés ?
Y.M. Pour le secteur de l’immobilier tertiaire, la récession économique générale a eu trois grandes conséquences : la baisse des valeurs locatives, le fort ralentissement des signatures de baux et le recul des valeurs des immeubles à dire d’expert. Du fait de l’abaissement des estimations du patrimoine, le
résultat consolidé de SFL s’est inscrit en déficit ; il faut noter cependant que la baisse a été concentrée sur le premier semestre de l’année et que les valeurs se sont stabilisées ensuite. Cela illustre la qualité de notre portefeuille et laisse espérer que l’étiage des valeurs a été atteint. De même, le mouvement de renégociation à la baisse des loyers des baux qui avait touché en premier notre Quartier Central des Affaires de Paris semble aujourd’hui se ralentir, tout en se portant sur d’autres marchés. En revanche, la demande locative reste déprimée, tout particulièrement celle en provenance des utilisateurs privés, et notre analyse est que la reprise de cette demande n’interviendra qu’après la reprise économique générale.

Dans ce marché atone, SFL a poursuivi sa politique d’investissement et procédé à plusieurs arbitrages d’actifs. Ces opérations se sont-elles déroulées de façon satisfaisante ?
Y.M. SFL a en effet poursuivi activement ses investissements dans la restructuration en profondeur de plusieurs actifs parmi les plus importants, comme la construction du futur palace Mandarin Oriental rue Saint-Honoré et la restructuration de la Galerie des Champs-élysées. Parallèlement, nous continuons la rénovation de l’immeuble du Louvre, qui accueille plusieurs nouveaux locataires. Du côté des arbitrages, nous avons cédé dans de bonnes conditions, après rénovation en profondeur, cinq immeubles de taille petite ou moyenne à des acheteurs peu dépendants de concours bancaires. Enfin, nous avons conduit une politique commerciale active pour conserver nos locataires de qualité en nous rapprochant raisonnablement des conditions de marché, en échange de l’allongement de la durée des baux. Notre but est de privilégier la sécurisation des cash-flow présents et futurs.

A ce propos, SFL a dégagé un cashflow historique, en hausse de 10,1 %, à 110 millions d’euros. Quels sont les facteurs de cette performance ?
Y.M. D’abord, les revenus locatifs sont restés sur le niveau record de 2008. Cela tient à la qualité du portefeuille de locataires : nous n’avons pas subi de défaut de paiement significatif. Cela tient aussi à l’indexation des loyers sur l’indice du coût de la construction, qui avait été très positif fin 2008, gonflant ainsi nos revenus 2009 avant de devenir très négatif fin 2009, ce qui va peser sur nos revenus de 2010. D’autre part, nous avons procédé à des économies substantielles en termes de frais généraux. Enfin, et surtout, nous avons bénéficié d’une baisse significative de nos frais financiers en raison à la fois de la faiblesse des taux d’intérêts généraux et des premiers effets de la mise en place de nouveaux concours bancaires. L’endettement de la société est d’ailleurs resté modeste : la dette nette s’établit à 34,2 % de la valeur des actifs, malgré la baisse de 11 % de cette valeur des actifs. Ce ratio d’endettement est l’un des plus bas du secteur et il reflète la solidité de notre bilan. La conjonction de ces facteurs a provoqué une hausse de 10 % du cash-flow courant, qui a atteint le niveau historique de 110 millions d’euros, soit 2,37 euros par action. Ce bon résultat opérationnel a permis au Conseil d’administration de proposer la distribution d’un dividende de 2,10 euros par action, soit 88 % du cash-flow courant.

Comment anticipez-vous l’année 2010 ?
Y.M. Les différents indicateurs économiques ne laissent pas présager d’amélioration notable du climat des affaires. Pour SFL, l’évolution des loyers, indexés sur un indice du coût de la construction qui s’est inversé en forte baisse à la fin de 2009, entraînera de façon mécanique un recul, à périmètre égal, du chiffre d’affaires, tandis que l’effet des renégociations de baux jouera à plein. Cette diminution des revenus locatifs devrait à son tour impacter la capacité bénéficiaire de SFL. Cependant, les actions menées en 2009 nous placent en bonne position pour protéger notre rentabilité courante. Il s’agit de la consolidation du cash-flow par allongement de la maturité des baux existants, et aussi de la remise en location d’immeubles restructurés comme le Louvre des Entreprises, ou encore la Galerie des Champs-Elysées, qui accueillera à l’automne 2010 un locataire renommé. Nous maintiendrons aussi notre effort d’amélioration constante de la qualité des immeubles, tout particulièrement pour préparer notre parc aux nouvelles exigences énergétiques et, aussi, pour optimiser l’utilisation de nos surfaces par nos clients.

Votre actionnaire majoritaire, l’espagnol Inmobiliaria Colonial, vient d’annoncer la restructuration de son bilan. Y aura-t-il des conséquences pour SFL ?
Y.M. Colonial, qui détient 53,5 % de SFL, est en effet parvenu à un accord avec ses créanciers pour restructurer sa dette, recapitaliser la société et redéfinir son périmètre d’opérations. D’ici à l’été 2010, la mise en œuvre de cette restructuration changera largement l’actionnariat de Colonial, dont les anciens créanciers vont devenir les nouveaux actionnaires. La situation de Colonial sera alors assainie et elle pourra à nouveau se consacrer à son métier historique : la gestion et le développement d’immeubles tertiaires de grande qualité à Madrid et à Barcelone, tout en conservant sa participation de 53,5 % dans le capital de SFL. Pour sa part, SFL, dont le patrimoine et le financement sont toujours restés distincts de Colonial, continuera à exercer son métier de foncière patrimoniale française, dans le cadre du régime SIIC. SFL jouissant de son autonomie juridique, financière et technique, et s’appuyant sur la solidité de son bilan, gérera ses actifs dans l’intérêt de l’ensemble de ses actionnaires.
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